Mon activité de rédacteur dans le domaine du complément alimentaire, approche sémantique

Depuis quelques années, je prends soin de rédiger des articles commerciaux sur différents compléments alimentaires pour les sportifs, les adeptes de la musculation (un sport que je pratique depuis longtemps) et pour le fitness ou la perte de poids en général.

Etant moi-même sportif depuis l’âge de 6 ans, je connais parfaitement le domaine des sports de résistance comme d’endurance. J’ai autrefois pratiqué la gymnastique, l’athlétisme, la natation et, depuis 18 ans, la musculation. Le marché des compléments alimentaires a beaucoup évolué depuis ces vingt dernières années et je m’y suis intéressé de près, notamment sur le plan de la biochimie mais aussi pour progresser et connaître ce qui me permettrait de progresser naturellement, mieux et plus vite.

Mon intérêt pour la nutrition a suivi mon intérêt pour le sport

A vrai dire, j’ai pratiquement évolué avec l’évolution de l’industrie du complément alimentaire. C’est pour cette raison que je m’exprime aussi facilement sur ce sujet car je reconnais rapidement les différentes molécules de n’importe quelle étiquette, de la plus courante créatine au phytostérol le plus exotique. En effet, je suis chercheur par vocation et ne laisse rien au hasard, surtout s’il est question de sciences et de connaissances. D’abord attiré par la linguistique et les questions qu’elle soulève, ma thèse repose plutôt aujourd’hui sur des recherches psychanalytiques en rapport avec la pratique sportive.

Je vous propose donc aujourd’hui une étude basée sur des questions de sémantique simples, de dénotation et de connotation. En effet, mes textes reposent sur une adaptation au public français, de la clientèle française en tant que sportif, loin de la mentalité américaine, généralement un peu moins rationnelle mais plus enthousiaste ou crédule que la mentalité française et européenne en général. Mon travail de rédaction est donc empreint d’une certaine forme d’adaptation à un public, ce qu’on appelle localisation dans le domaine de la traduction.

Modifier l’aspect d’un texte pour l’accorder aux besoins et à la démarche des clients

Utiliser la linguistique pour adapter un texte revient à jouer sur les affects communs à une personnalité ciblée, celle des prospects de mes clients, c’est à dire les pratiquants de la musculation ou les adeptes du fitness tout en considérant les acceptions universelles du français: emploi précis d’un verbe par rapport à un autre, connotations multiples, emploi des adverbes, de la modalité et de la prosodie des phrases (leur sens harmonique).

Attention cependant à ne pas confondre avec l’utilisation de la PNL (Programmation Neuro Linguistique), il n’est pas question de développement personnel ou de je ne sais quelle parascience pseudolinguiste, il s’agit d’utiliser la grammaire au sens grec du terme (grammata, les éléments du langage) en rapport direct à des jeux de syntaxe et de sémantique pour parler le même langage que le client et inciter à l’achat. il n’est pas non plus question de tromper le client mais bien au contraire, de l’informer avec raison, en citant les avantages du produit, en rapport précis à ce qu’il demande.

Rapports de sens et d’aspect sont indispensables pour convaincre

En effet, d’un point de vue neurolinguistique, une langue réfère toujours à un système de sens communs à une population de locuteurs qui vont s’imbriquer les uns dans les autres (les sèmes communs, pas les locuteurs !). Au niveau de l’inconscient d’un groupe ou d’un collectif étendu, ces rapports de sens sont acceptés tels quels puisqu’il se rapportent à un contexte commun à cette population; c’est ce qu’on appelle un métalangage. A un niveau plus large, les rapports entre synonymes, homophones ou syntaxes sont identiques pour n’importe quel locuteur d’une langue, quel que soit sa compréhension (faible ou élevée) de la langue qu’il pratique. Pour plus d’informations, lisez Noam Chomsky et les autres linguistes de son école.

Ci-dessous, je vous donne l’exemple d’une fiche modifiée concernant une grande mode dans le monde de la musculation actuelle, la consommation phytothérapeutique d’extraits végétaux comme le Tribulus, le Maca ou le Mucuna Pruriens pour optimiser les performances physiques des athlètes. Je vous explique simplement mon choix des termes et des modifications entre la description d’origine et ma version.

FM= Fiche modifiée FO= Fiche originale

FM: Le potentialisateur de testostérone…

A vrai dire, traduire Enhancer en français est particulièrement délicat, il n’y a pratiquement pas d’équivalent qui convienne au contexte sportif. Enhancer: ce qui optimise, ce qui améliore, qui augmente, qui met en valeur ? L’ensemble de ces traductions ne me donnent rien de valable. J’ai utilisé un néologisme puisque potentialisateur n’est pas attesté, potentialiseur non plus. Ce qui m’intéresse dans ce cas, c’est de faire passer le sens de potentiel en inventant un substantif proche. Potentiel réfère à l’idée d’une puissance actuelle ou virtuelle. Ce terme est donc le plus adapté puisqu’en rapport à la notion de puissance (musculaire). Finalement, je n’ai pas retenu potentialiseur.

FO: l’exhausseur de testostérone

Le terme, bien que correct est utilisé mal à propos. Exhausser au sens premier du terme réfère à ce que l’on tire vers le haut mais aussi le fait d’exhausser (littéralement d’élever un souhait vers le ‘haut’, vers la considération pour en matérialiser les résultats). In fine, exhausseur de testostérone pourrait engendrer une incompréhension ou une confusion.

La suite de mon texte a été rédigée dans un cadre sémantique dynamique. 1: L’activité biologique. Parler d’actif dans ce contexte revient à lier les sèmes de ‘dynamisme’ à la ‘biologie’, donc, au corps humain et de lier la notion d’activité au point commun de mon argumentation, c’est à dire dynamiser le corps. De même pour « substance active » ou le terme de substance renvoie à une généralité qui renvoie elle-même à l’ensemble des composants du complément alimentaire en question.

Substance > éléments biologiques divers > composants/nutriments FM: Stacker T (…) engendre une sécrétion augmentée…

J’utilise aussi assez fréquemment le verbe engendrer au lieu de créer. Engendrer indique en effet, ce qui est « produit », il réfère donc à la matière (ou l’action) nouvellement fabriquée, à la naissance d’un concept ou d’un fait, plus que que le verbe « créer » qui est plus neutre et généralisant. En outre, engendrer est un sème relatif à la biologie, c’est la raison pour laquelle j’ai placé ce verbe à cet endroit.

FM: L’excellence des résultats produits par ce complexe…

Dans ce contexte j’utilise assez souvent le terme de complexe. Au niveau dénotatif, le lecteur va percevoir le sens premier du terme, c’est à dire un ensemble d’éléments combinés entre eux. Au niveau connotatif, ‘complexe’ réfère effectivement au sème de complexité et d’associations d’éléments à même de produire plus d’effets lorsqu’ils sont additionnés qu’ils n’en produiraient séparément. Ce lexème permet en vérité d’éviter l’éternel synergie de nutriments ou de travail en synergie qui revient trop souvent et finit par lasser.

A ce sujet, la grande mode chez les américains consiste à parler de matrice et de l’employer à tort et à travers. A vrai dire, une matrice réfère inconsciemment au déroulement ou à la possibilité du déroulement d’un processus créateur. C’est un terme bien connu du milieu médical ou de l’alchimie par exemple. Inscrire le terme de matrice réfère facilement à la naissance et aux organes génitaux féminins.

Pourtant, ce terme ne convient pas au milieu du complément alimentaire car il est mal employé. Certaines marques inscrivent une liste d’éléments actifs et parlent de matrice + tel ou tel effet… C’est une utilisation abusive du sème de matrice lui-même puisqu’un ensemble d’ingrédients ne produit rien lui-même, il ne produira ses effets supposés qu’à l’intérieur de l’organisme. Le terme de complexe est donc nettement plus approprié.

FM: Stacker T optimise également la circulation…

J’hésite parfois entre ‘optimiser’ ‘augmenter’ et ‘améliorer’. Pourtant, ‘optimiser’ répond plus facilement au contexte. Optimiser reste un verbe lié au sème de technique, voire de technologie: on optimise une formule, une voiture, un avion, un procédé ou un système. Par contre, améliorer reste trop vague, trop proche du sens latin premier, de ce qui est ‘améliorable’. Augmenter reste lui aussi un terme trop général, il réfère à une augmentation de n’importe quel objet ou sujet comme l’augmentation des prix ou des températures, ça ne répond pas au contexte non plus.

Ces quelques exemples vous permettent d’entrevoir brièvement ma manière de procéder lorsque je compose, toujours en fonction du contexte et de la demande. J’espère avoir le temps de travailler sur des exemples similaires et d’expliquer mon travail de rédaction plus en détail.