A propos

Pourquoi Metaphora ?

Metaphora réfère à l’existence d’un passage (ou d’un vecteur) d’un monde, d’un système ou d’un processus à l’autre.

En rhétorique grecque, metaphora fait référence au transport d’un nom qui en désigne un autre, transporter du genre à l’espèce d’après des rapports d’analogie. Metaphora Traduction au sens où je conçois le travail de mon entreprise, interdit le flottement entre les genres mais se base lui aussi sur le transport des sens. Une traduction (on passe de metaphora à translatio) actualise ce transport, y compris celui du contexte culturel et social d’une langue par rapport à une autre.

C’est donc le temps d’un transport et des changements qu’il impose que se définit ce qu’on appelle Traduire. Un traducteur transporte avec lui sa réflexion d’une langue source à une langue d’arrivée ; il opère une translation. Un raisonnement réfléchi non plus sur le sens mais sur le contexte d’un texte et de ses termes. Pour Aristote, Metaphora désigne un déplacement de signification qui produit un sens nouveau alors que chez Cicéron et Quintilien, Metaphora perdra en quelque sorte, son statut philosophique, devenant synonyme de translatio, un simple déplacement de sens, dépourvu de notre sens moderne de métaphore. >> Quintilien, Institution Oratoire, VIII, 6, 5 (« Tranferendum ergo nomen aut verbum ex eo loco in quo proprium est in eum in quo aut proprium deest aut tralatum proprio melius est »).

Toujours est-il que Quintilien, sans vraiment pouvoir y songer, introduira une confusion des termes au cours de l’histoire alors que Metaphora passe souvent à Translatio sans nuance possible; dernier terme conservé jusqu’au XVIème siècle. On retrouve effectivement ces deux noms communs chez Cicéron ou Quintilien (Rhétorique à Herrennius) lesquels désignent tout autant la métaphore ou un trope en général, donc, toute forme de transfert de sens.

Avec Saint Augustin, on assistera naturellement à la naissance de l’exégèse biblique et cette interrogation d’ordre général sur la question du sens et de ses déplacements: Pourquoi Dieu a t-il voulu nous parler par le biais de paraphrases, de locutions purement ‘métaphoriques’, figuratives et indirectes ? De là, cette même exégèse va s’appuyer sur les ressources de la rhétorique gréco-romaine en s’interrogeant sur la nature et la fonction de translatio en tant que déplacement linguistique et transport de sens: pourquoi y a t-il des métaphores dans la Bible ?

Les exégètes vont alors donner un nouveau sens à translatio, celui d’un transfert du visible à l’invisible, du Créateur à l’homme, de l’intelligible au sensible (translatio ab naturalibus in divinis) qui découle directement du principe de l’accomodatio de Dieu à la parole profane. Translatio va donc acquérir un sens plus vaste, c’est l’un des présupposés de l’herméneutique en général et de la Kabbale juive en particulier. Translatio rend dès lors possible un discours sur le divin et la connaissance du divin. Au sens élargi de transfert de sens, on peut en effet penser à un double mouvement qui permet l’unification du message divin et le langage humain, un mouvement descendant de Dieu à l’homme. On notera également avec quelle insistance ce mouvement est significatif dans la Kabbale au niveau de l’interprétation de l’arbre des Sephiroth au XIIIème siècle.

Qu’il s’agisse d’un trope ou d’une figure de sens pour les grammairiens, d’un déplacement sémantique depuis le discours de Dieu pour les théologiens, la notion de transfert sémantique est bien présente au carrefour des arts du langage (au sens de technique), et de l’interprétation théologique. Grâce à cette interprétation exégétique de translatio, on retourne finalement à une interprétation plus proche de la philosophie, laquelle avait été récusée par Cicéron. On la considère alors comme un instrument de signification singulier, intraduisible au sens propre, et porteur d’un sens plus complexe.

Traduire impose le travail d’une magie (du sanskrit Mago : l’équilibre), ou comment équilibrer un monde avec un autre. Mettre en ordre les éléments (du grec Grammata : les éléments), celui d’un transport et d’une conversion de l’ordre et du sens. Metaphora est porteur de sens au sens figuré, presque au sens propre. Traduire transfère l’ordre et la magie d’un monde à l’autre.

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